Les rencontres parallèles

Echange libre sur la femme, son vêtement et son rapport à la féminité

Pour cette première rencontre, Parallèle choisit deux personnalités qui incarnent parfaitement les valeurs de la marque.
Pénélope Blanckaert a 40 ans, Francine vient de fêter ses 94 printemps. L’une dirige le département Fashion Arts & Hermes Vintage chez Artcurial, l’autre se souvient de ses allers et venues en scooter lorsqu’elle était agent de photographes à New York. Ces deux femmes audacieuses chérissent leur liberté, vivent pleinement leur féminité et mettent un point d’honneur à être élégantes en toute circonstance.

[L’entrevue a lieu chez Francine. Dès son arrivée, Pénélope demande à découvrir les merveilles qui se cachent dans son placard.]

Pénélope — Merci de m’accueillir Francine. Tous ces vêtements datent des années 80 ?

Francine — Tout ça est très vieux, mais c’est resté coloré comme moi. Je flashe !

Pénélope — Quelle est la règle ? Vous portez deux ou trois couleurs ? Moi j’en choisis deux. Le bleu marine plus une autre.

Francine — Oh ! mais c’est limité, je m’autorise trois couleurs, pas plus.

P — Oui mais le matin, on doit accompagner les enfants à l’école, il faut faire très très vite alors avec du bleu marine et une couleur on ne se trompe pas.

[Elles échangent des regards sur leurs tenues, Francine complimente Pénélope.]

F — Vous acceptez mal les compliments.

P — Vous avez raison. Je dois encore apprendre beaucoup de choses.

F — Il faut absorber les compliments et les mettre en pratique. Si on vous fait un compliment, gardez-le pour longtemps. On le garde et puis on vit avec.

P — On y repense quand on a des doutes ?

F — Voilà ! On accumule, on garde. Soyez positive !

P — Je suis positive, mais comme tout le monde je doute beaucoup aussi.

[Francine sort un vêtement et le pose devant Pénélope.]

F — Cela vous irait bien je ne l’ai jamais porté.

P — Et bien il est encore temps.

F — Pour aller faire des courses dans le quartier ?...

P — On ne sh’abille pas pour les autres, on s’habille pour soi, je suis sûre que vous allez être d’accord avec ça.

F — C’est vrai ! Quand j’achète quelque chose c’est un coup de foudre.

P — Vous ne faites jamais d’erreur ? Même pour les vêtements ?

F — Rarement. J’ai une seule erreur ici qui m’a coutée très cher. Je ne l’ai jamais porté. C’est du vison. Je me suis faite avoir, le vendeur me disait que ça m’allait à merveille, mais mon mari n’aimait pas, je ne l’ai jamais porté.

[Pénélope le passe.]

F — Je regrette, car sur vous ce manteau a beaucoup plus de valeur ! Il a de l’allure !

Il vous intéresse ?

P — Oui, mais là vous savez je déménage. Je me suis simplifié la vie. Pendant 4 mois je vais vivre avec le strict minimum. Je suis en pleine transition.

F — En renouvellement ! Le matin vous vous réveillez. D’abord les jambes qui touchent le sol, je marche. Une belle journée qui s’annonce pour moi. Une journée à la fois.

P — Ma grand-mère est comme ça aussi, elle fonctionne de la même manière.

F — Quel age a t’elle ?

P — 94

F — C’est vrai ? C’est merveilleux. Vous allez vivre vieille. Il faut profiter de chaque jour.

P — C’est ce qu’elle me dit.

F — Ce doit être quelqu’un de vivant qui partage. Malheureusement certains ne partagent pas et on ne change pas sa nature.

P — C’est plus important d’être soi-même et de suivre son intuition.

F — Ne pas voir à travers les autres, ne pas faire comme tout le monde, avoir le courage de vivre sa propre vie. Ce n’est pas ce que vous enseigne une mère. Vous avez l’air d’avoir une mère exceptionnelle.

[Elles se sourient.]

P — J’ai des parents exceptionnels. Je suis l’ainée de 3 frères et soeurs.

F — Moi je suis au milieu, j’avais 4 frères. J’ai été élevée comme un garçon.

P — Cela ne vous a pourtant pas empêché d’être féminine par la suite.

F — Je m’habille comme une femme mais toujours en pantalon.

P — Quelle liberté d’esprit ! De façon terre à terre, ma façon de me sentir libre c’est de gagner de l’argent. Ou plutôt le fait de ne pas en avoir besoin. Y penser pour en pas avoir à y penser. Il n’y a rien de plus agréable que de pouvoir faire ce que l’on désire. Sans excès.

F — Mais si on peut s’en passer, on vit mieux. Il y a beaucoup de femmes qui ont des problèmes d’argent. Et il y a beaucoup d’hommes qui dominent avec l’argent; Les hommes ne sont pas des princes; Très peu sont généreux avec l’argent.

P — J’en connais, la générosité est une qualité importante. L’inverse est insupportable

F — Je préfère le mot partager au mot donner. Tout ce que l’on partage nous rend plus riche. Si vous avez un gâteau, il faut le partager, pas le donner. Ce n’est pas la même chose.

[Francine regarde les pieds de Pénélope.]

F —Elles sont jolies ces chaussures, très chic. Vous avez de belles jambes et des pieds fins.

P — Ce sont des souliers Parallèle. Je n'assume pas tous les jours le côté pointu mais j’adore la couleur, quand je les porte, je m’imagine dans des films de Truffaut. J’adore François Truffaut. A 25 ans j’ai découvert tous ses films. Il y avait une rétrospective au MK2. Les hommes et les femmes se parlent dans ses films et c’est beau.

F — Il parle beaucoup de féminité. Il sait filmer les femmes. Il les aimait beaucoup. Merci pour cette discussion, c’était un bonheur. Pénélope ça vous va bien comme prénom. Revenez me voir.

P — A très bientôt Francine.